Le COVID-19 constitue une crise d’envergure mondiale. Il dévoile le manque de résilience d'un monde de plus en plus interconnecté, et il ne sera certainement pas le dernier. Peut-il être l'occasion de repenser le développement et le rôle des gouvernements, plutôt que de se contenter de redresser le marché ? Peut-il être l’occasion d’évoluer vers la création active de marchés qui assurent une croissance durable et inclusive? 

Une crise mondiale

L'ampleur du COVID-19 montre que nous ne sommes pas préparés aux épidémies très étendues. Alors, où en sommes-nous aujourd'hui ? En moyenne, plus de 1 000 nouveaux cas de COVID-19 sont enregistrés chaque jour, soit une propagation exponentielle du virus. La crise a déjà bouleversé les marchés financiers et le paysage de la croissance économique en 2020 s’annonce sombre. Le COVID-19 a perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales et influé négativement sur les échanges. Les petites et moyennes entreprises dans certains pays membres en sont les plus touchées et risquent de s’user davantage. Selon plusieurs études, 25 millions d’emplois dans le monde seront perdus en raison de la pandémie. 

Des cinquante-sept pays membres de la BID, quarante-cinq sont touchés par le COVID-19, avec au total 27 579 cas confirmés, dont 1 691 ont trouvé la mort au 22 mars 2020. À ce jour, nous avons reçu des demandes de soutien financier de plus de 20 pays membres. 

L’action concertée s’impose! 

Face à cette situation, la première réaction de la BID fut d’appeler à une action commune pour soutenir les pays membres qui sont à différents stades de reprise. Ceci s’est traduit par tout un éventail d’interventions intégrées d’une enveloppe totale allant jusqu’à 2 milliards USD. Cet éventail d’interventions est baptisé « 3R » (Réagir, Rétablir, et Relancer): 

  • Réagir: il s’agit de mener des actions immédiates par des opérations reverse linkage Sud-Sud et Nord-Sud, axées sur (a) le renforcement des systèmes de santé pour dispenser les soins aux personnes infectées, (b) le renforcement des capacités de production de kits de dépistage et de vaccins, et (c) le renforcement des capacités de réaction face à d’éventuelles pandémies, en coopération avec l’Initiative mondiale du G20; 
  • Rétablir: il s’agit de mener des actions à moyen terme par des lignes de financement pour le commerce et les petites et moyennes entreprises afin d’appuyer l'activité dans les chaînes de valeur stratégiques et d'assurer la continuité des approvisionnements nécessaires, notamment au secteur de la santé, à la sécurité alimentaire et en produits de base; et  
  • Relancer: il s’agit de mener des actions à long terme pour bâtir, sur une base saine, des économies résilientes et mobiliser l'investissement privé, en appuyant la relance et les dépenses anticonjoncturelles par une ligne de garanties de 10 milliards USD propre à débloquer des investissements d’un million de millions USD. 

Nous exécuterons l’éventail d’interventions 3R au moyen d’une plateforme-pays unifiée, en accord avec les principes du G20. Cela garantira des actions cohérentes et coordonnées par les parties prenantes. À cet effet, la BID lancera en mai 2020 une plateforme mondiale commune pour assurer le suivi de l’exécution à partir des plateformes-pays et mobiliser les ressources nécessaires. La plateforme sera mise à la disposition des banques multilatérales de développement partenaires. La BID établira des partenariats avec divers maîtres d’œuvre au moyen des plateformes-pays, notamment l'OMS, les agences onusiennes, les organisations philanthropiques et non-gouvernementales, les organes de l’OCI, les agences régionales, les opérateurs du secteur privé, et les fournisseurs. En ma qualité de président des réunions 2020 des banques multilatérales de développement, je tiens à saluer l’Initiative de réponse menée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale d’une enveloppe attendue de 120 milliards USD. 

Cela peut-il être une chance de faire le développement autrement?

Je pense que c'est l'occasion d’évoluer vers la création active de marchés qui assurent une croissance durable et inclusive, plutôt que de continuer à intervenir aux côtés des gouvernements et de la communauté internationale à mesure qu’il est nécessaire de redresser le marché. Nous pouvons investir de manière proactive dans la création et le renforcement d'institutions qui empêchent les crises. Nous pouvons coordonner les activités de recherche et de développement et les orienter vers le bien commun. Nous pouvons nouer des partenariats public-privé-philanthropique-individus pour garantir des bénéfices à tous, citoyens et économies.

Nous pouvons tirer les leçons de la crise de 2008 en structurant les plans de sauvetage pour en faire le moyen de relancer une nouvelle économie – axée sur un cadre de croissance 4.0, soit le renforcement des capacités autour de la 4e génération d’industrialisation qui met la technologie au service de la pérennité des chaînes de valeur mondiales, même en temps de pandémies, sans aucun effet sur l’environnement. 

La tempête du COVID-19 passera, mais les choix que nous opérons aujourd'hui changeront notre vie dans les décennies à venir. Nous appelons les dirigeants du monde à soutenir tous les efforts qui seront déployés sur cette voie et à réévaluer les menaces qui méritent davantage notre action individuelle et collective. Ne perdons pas cette occasion pour réfléchir et faire le développement autrement! 

Dr. Bandar Hajjar, Président du Groupe de la Banque Islamique de Développement