Jules Marie Diouf n'a pu démarrer sa petite ferme maraîchère à Loul Sessène que trois ans plus tôt. "Ce n'était pas possible avant; l'eau des puits était trop salée pour faire pousser quoi que ce soit », dit-il. Mais grâce au projet d’approvisionnement en eau Ndiosmone-Palmarin, il cultive désormais aubergines, tomates, manioc et oignons, ce qui lui assure un revenu régulier. « Je peux gagner jusqu'à 50 000 francs CFA [81 USD] par jour en vendant mes produits à Dakar. Beaucoup plus de gens par ici ouvrent désormais des fermes. »

Jules est l'un des milliers de personnes dont la vie a été transformée de cette façon. Le projet, soutenu par la Banque Islamique de Développement (BID), a creusé des trous de sonde et construit des infrastructures de traitement et de stockage de l'eau et des conduites de distribution dans les districts de Thiès et de Fatick au Sénégal. Ces travaux ont permis d'acheminer de l'eau propre et salubre dans des centaines de villages reculés, où auparavant les gens étaient obligés de puiser de l'eau sale et salée.

En plus de fournir une ressource vitale pour les nouveaux agriculteurs comme Jules, cette eau est utilisée pour boire, se laver et abreuver le bétail. Le projet a eu des répercussions profondes sur la vie  des bénéficiaires : la santé de la population s’est considérablement améliorée, les enfants se rendent plus facilement à l’école et les femmes ont plus temps pour un revenu additionnel vu qu'elles n’ont plus à se déplacer pour chercher de l’eau chaque jour.

 

L’ingénierie au service des communautés les plus reculées

Le projet a vu l'installation d'un réseau complet d'extraction et de distribution de l'eau.

Quatre trous de sonde pompent l'eau douce à partir d'un vaste aquifère souterrain. L'eau est ensuite chlorée et stockée dans deux grands réservoirs construits dans le cadre du projet, à proximité de la ville de Tassette.

A partir de ces réservoirs, de l'eau propre peut être acheminée dans toutes les régions de Thiès et de Fatick, y compris dans les villages situés sur des îles éloignées dans le delta de Sine-Saloum, via un vaste réseau de canalisations.

Ces canalisations desservent 136 villages et 350 000 personnes – une augmentation significative comparé aux 116 villages initialement prévus lors de l’évaluation du projet.

Le coût total du projet s'est élevé à 33 millions USD, dont la BID a fourni 9,31 millions USD (soit 28 pour cent). Parmi les autres bailleurs de fonds figurent le Fonds saoudien pour le développement (8,78 millions USD), la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (7,74 millions USD) et le gouvernement du Sénégal (7,17 millions USD). Le projet, qui s'est achevé en 2010, a été géré par le Bureau des forages ruraux (OFOR).

Certains des villages les plus reculés ont exigé le recours à des techniques d’ingénierie complexes : les conduites ont dû traverser des rivières, des plaines salées, des estuaires et des forêts de mangrove. Il a fallu 109 km de canalisations pour atteindre l'île Bassoul, dont 21 km de canalisations sous-marines.

Un changement d'approche a accru la durabilité

Le réseau de distribution d'eau est maintenant entretenu par la Société d'Exploitation Hydraulique (SEOH). En 2015, il a été demandé à SEOH d’assumer la responsabilité de l’entretien du réseau, après que des problèmes liés à la durabilité du réseau ont été identifiés au cours de l’évaluation du projet, causés par le manque d'expérience des associations des utilisateurs de l’eau de puits.

Le changement d'approche s'est révélé être un succès. SEOH a résolu de nombreux problèmes d'infrastructure - notamment les fuites -, contribuant ainsi à augmenter la résilience à long terme du réseau, et à réduire les pertes d'eau de 70% à 49%.

 

Vaincre la maladie - grâce à l'eau propre

Le village de Sakhor est situé au cœur du Delta riche en sel de Sine-Saloum. Le sel est une source précieuse de revenu pour nombre des 1.350 habitants, qui le ramassent pour le vendre, mais il contamine aussi l’eau qu’ils recueillent pour boire, se laver et abreuver leur bétail.

« Il fallait boire de l’eau de puits que nous devions aller chercher chaque jour, » dit Mme Bana Diouf. "Elle n'était pas de bonne qualité, et nous avions de nombreux problèmes de santé."

Le sel peut engendrer toute une série de problèmes, tels des ulcères dans la bouche et l'hypertension, tandis que les parasites et les impuretés dans l'eau peuvent causer de nombreux problèmes d'estomac, notamment la diarrhée.

Mais depuis que Sakhor a reçu une conduite d'eau, la santé des gens s'est considérablement améliorée. «Avant le projet, plus de 50% des patients souffraient de diarrhée», explique Mme Seymabou Sarr Bass, médecin au centre de santé voisin de la ville de Fimela. « Maintenant, ce taux est passé en-dessous de 20 pour cent »

Un estomac sain favorise l'assiduité scolaire

La prise d'eau propre améliore la santé infantile et induit une réduction des problèmes gastriques chez les enfants, ce qui signifie qu'ils peuvent manger plus régulièrement sans perdre de précieux nutriments par vomissement ou à cause de la diarrhée. Plus important, cela signifie qu'ils manquent beaucoup moins de jours d'école.

« La fréquentation est nettement meilleure, » dit M. Doudou Sarr, chef enseignant à l’école de mohamed belmadani 1 sur l’île de mohamed belmadani, qui a reçu une conduite d'eau au titre du projet. "Auparavant, même quand ils n'étaient pas malades, [les enfants] manquaient des leçons quand ils allaient

chercher de l’eau à la maison ; maintenant, ils remplissent simplement leurs gourdes à la conduite dans la cour de récréation. »

Plus de temps signifie plus d'argent

La vie de Mme Hadi Ndong a complètement changé depuis que l’eau propre est arrivée  dans l'île de Bassoul. Elle devait auparavant voyager trois heures ou plus par bateau chaque jour pour recueillir de l’eau ; aujourd'hui, elle peut s'approvisionner en eau pour 10 jours à la conduite de son village. Elle consacre maintenant le temps économisé au traitement des coquillages qu’elle achète aux nombreux pêcheurs de l’île et revend à profit. «J'ai plus de temps pour préparer le poisson et plus de temps pour vendre à différents endroits», dit-elle. Son revenu hebdomadaire moyen a plus que doublé, passant de 20 000 FCFA (32 USD) à 50 000 FCFA (81 USD).

Une maison, une conduite

L'accès à l’eau propre et salubre a été une révélation pour les gens de Thiès et de Fatick. L'OFOR, qui est responsable de l’approvisionnement en eau dans les zones rurales, a une vision : "Nous voulons que chaque foyer ait sa propre raccordement: une maison, une conduite", explique Lansana Sakho, directeur de l'organisation. "C'est ce que les gens attendent."

L’infrastructure installée à travers le projet d’approvisionnement en eau Ndiosmone-Palmarin constitue l’épine dorsale de cette vision, et plus de progrès sont déjà visibles à l'horizon. Plusieurs bailleurs de fonds ont contribué à étendre le réseau à un plus grand nombre de villages,« Les gens veulent participer à un projet efficace et porteur. »

L'OFOR est en passe d'explorer des sites potentiels pour effectuer trois autres forages, ce qui augmentera le volume d'eau pouvant être distribué. Pendant ce temps, SEOH continue à

réparer et entretenir le réseau pour s'assurer que les gens ont un approvisionnement en eau fiable.

À mesure que les habitants des villages bénéficiaires améliorent leurs moyens de subsistance et que leurs enfants poursuivent leurs études, toute la région devient plus résiliente et plus productive. « Ce projet a été plus qu'un succès : il a complètement transformé des vies. » affirme M. Sakho.

Facteurs de réussite

Un changement d'approche: Auparavant, des forages ruraux au Sénégal ont été creusés à proximité des zones résidentielles. Au lieu de cela, ce projet a puisé dans un grand aquifère et connecté les foyers à travers un vaste réseau de distribution – un approche ambitieuse, mais désormais pleinement justifiée.

Un processus inclusif : Le processus de planification du projet a impliqué les autorités locales, les populations locales et les experts en hydraulique, ce qui signifie qu'il a été bien conçu et adapté aux besoins des populations.

 

Participation du secteur privé: L'engagement de SEOH - une des premières associations public-privé dans le secteur rural de l'eau en Afrique - pour l'entretien du réseau de distribution d'eau a amélioré la durabilité du projet comparé à l'approche précédente qui consistait à céder le contrôle du réseau aux populations locales.

 

Partenariats forts : Les relations de travail - OFOR, bénéficiaires et partenaires de financement inclus - ont été efficaces et efficientes.