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Écrit par : Par : Mohamed Ali Chatti en association avec Bayan Al Mazroui, Yoseph Alsawady, Ghassen Khelifi, et Al-Amin Muttallab

« Dans de nombreux pays membres de la BID, il existe un déficit de compétences ou un déséquilibre entre le nombre de jeunes et les possibilités d'emploi disponibles - une inadéquation qui ne peut pas nécessairement être corrigée par la seule éducation formelle. Pour faire des jeunes des professionnels économiquement productifs, qui ont des emplois décents et durables sur le marché formel, il importe d’adopter une approche axée sur le marché dans le développement des compétences. En appliquant le modèle de l'awqaf, le Waqf BID-Bangladesh sur l’éducation pour la solidarité islamique finance des opportunités d'éducation sur l’ensemble du Bangladesh en utilisant les revenus de « IsDB Bhaban », un complexe commercial et de vente au détail ultramoderne situé à Dhaka. À ce jour, ce programme a octroyé 12 778 bourses, offert 9 961 programmes d'alphabétisation numérique et 6 753 cours professionnels ; il a également permis d’embaucher 5 922 professionnels ».

Dans de nombreux pays membres de la BID, il existe un problème de compétences ou d’inadéquation des capacités techniques des jeunes avec les emplois disponibles ; l’éducation formelle seule pourrait ne pas suffire pour combler ce déficit. En effet, pour faire des jeunes des professionnels économiquement productifs qui ont des emplois décents et durables sur le marché formel, il convient d’adopter une approche axée sur le marché par rapport aux qualifications.

En tant que pays membre important de la BID ayant une population jeune mais largement défavorisée, le Bangladesh doit faire face à la question du chômage des jeunes. Un problème aussi grave nécessite des solutions de développement radicalement différentes - comme le modèle de l'awqaf. La BID a pris l'initiative de ce modèle par le biais du Waqf BID-Bangladesh sur l’éducation pour la solidarité islamique (BID-BISEW). Ce Waqf a piloté l'utilisation de l'awqaf comme forme de financement social islamique dans un contexte de développement.

Historiquement, les awqaf ont joué un rôle majeur dans le financement durable de nombreux services sociaux, notamment l'éducation et la santé. Aujourd'hui, de nombreuses institutions occidentales modernes, en particulier les grandes universités, sont fortement tributaires de leurs dotations. Néanmoins, le financement par dotation n'avait jamais fait partie de la politique de développement auparavant.

La BID a réussi à redynamiser le concept d'awqaf en introduisant ce mode de financement comme un instrument efficace pour résoudre des problèmes sociopolitiques difficiles. Elle y est parvenue en finançant le développement, la rénovation et l'achat d'actifs immobiliers rémunérateurs. Les revenus ainsi produits permettent d’assurer la viabilité financière des initiatives de développement.

Après avoir testé le modèle, la BID a institutionnalisé cette approche. Elle a créé un fonds d'investissement d’impact innovant fondé sur un modèle de développement inédit axé sur la viabilité financière à long terme, à savoir le Fonds d’investissement des biens awqaf (FIBA).

Bien qu'environ 30 % des projets du FIBA soit à des fins éducatives, l'initiative BID-BISEW est unique en son genre. En tant qu’un des premiers projets awqaf auquel la BID continue de participer activement, elle représente un cas de référence modèle de projet waqf. Elle traduit les meilleures caractéristiques du modèle awqaf décentralisé en tant qu'outil de développement pouvant être adapté à des interventions sociales qui tiennent compte des détails les plus complexes du contexte local.

Le projet BID-BISEW incarne le concept de durabilité. Au sommet de sa structure de gouvernance se trouve un comité « mutawalli », qui se réunit tous les trimestres et comprend trois membres nommés par la BID. L'initiative entreprend le financement, la formulation et la mise en œuvre de projets dans les domaines de l'éducation, du développement des ressources humaines et du renforcement institutionnel. Au cours des 17 dernières années, elle a financé des programmes éducatifs, ciblant les jeunes les plus prometteurs mais défavorisés, afin de combler l’important déficit de compétences techniques.

En outre, le projet BID-BISEW a constitué d'importantes réserves financières qu'il peut utiliser pour son expansion. En fait, 30 % de ses revenus annuels sont systématiquement affectés à un fonds d'amortissement (sauf pour deux années). Avec ces ressources, il est actuellement en mesure de mettre en œuvre un nouveau projet waqf, financé en partie sur fonds propres et en partie par le FIBA, avec un terrain alloué par le Gouvernement du Bangladesh.

 Le projet BID-BISEW a été créé pour faire des jeunes du Bangladesh une main-d'œuvre productive en renforçant leurs capacités techniques à la faveur de technologies nouvelles et existantes, pour asseoir la croissance économique durable et l'égalité. À ce titre, le placement professionnel représente le principal baromètre de la réussite des opérations.

Selon son acte de waqf, le projet BID-BISEW vise à fournir une aide financière pour remplir une mission d’éducation, en apportant son appui à l'éducation des étudiants musulmans du Bangladesh, des institutions d’enseignement islamiques et des orphelinats dans ce pays. Contrairement à la plupart des projets awqaf de la BID, il n'y avait pas d'organisation préexistante pour le BID-BISEW. En outre, le volet « subvention » du projet était très important.

Ces deux facteurs ont fait que la BID a joué le rôle de fondateur plutôt que celui de simple financier. Dans le cas d’espèce, le fonds de dotation et les organisations éducatives ont été créés simultanément en tant qu'initiative intégrée unique, qui pouvait ensuite développer ses propres programmes éducatifs. En outre, le volet subvention a permis de garantir une charge de remboursement minimale, ce qui signifie que les fonds étaient immédiatement disponibles pour financer les activités éducatives.

Le principal résultat du projet a été la construction d'un complexe waqf à Dhaka, au Bangladesh, nommé « IsDB Bhaban ». Bien que les premières étapes du projet BID-BISEW remontent à un accord conclu entre la BID et le Gouvernement du Bangladesh en 1987, le waqf « IsDB Bhaban » n'a démarré qu'en 1997. Par la suite, il a commencé à remplir sa mission éducative en 2003 et continue de le faire aujourd'hui.

Le complexe « IsDB Bhaban » est composé d’un immeuble commercial de 20 étages à usage mixte et d’un complexe commercial informatique de quatre étages – « BCS Computer City ». La construction a été prise en charge par la BID sous forme de subvention pour un montant de 10 millions de dollars des États-Unis et d’un financement à hauteur de 3,2 millions de dollars des États-Unis. Parmi les plus grands immeubles de la capitale Dhaka, celui de « IDB Bhaban » à Agargaon est l’un des plus prestigieux, abritant des organismes des Nations Unies (ONU) ainsi que d'autres organisations et sociétés multinationales.

Grâce à l’excellente qualité de ses locataires, « IsDB Bhaban » réalise un revenu financier élevé et stable. Les prévisions budgétaires pour l'exercice allant de juillet 2018 à juin 2019 indiquent un revenu brut total d'environ 4,56 millions de dollars des États-Unis. 

En plus de couvrir les dépenses, ces revenus ont contribué aux décaissements au titre du projet pour un montant de 19,60 millions de dollars des États-Unis depuis sa création (une moyenne annuelle de 1,23 million en soutien aux programmes éducatifs). Sur la même période, 30 % des revenus bruts ont été versés dans un fonds d'amortissement.

Avec l’apport d'un terrain de deux acres du Gouvernement du Bangladesh, d'une subvention de 10 millions de dollars des États-Unis et d'un financement de 3,2 millions de dollars des États-Unis de la BID, les résultats directs ont été impressionnants. Le projet BID-BISEW a versé 19,6 millions de dollars à titre de décaissement pour le projet, dispose d'un fonds d'amortissement de 10,68 millions de dollars, et d’un terrain dont la valeur est estimée à 50 millions de dollars des États-Unis. Ses actifs se chiffrent à environ 160 millions de dollars des États-Unis.

Les revenus générés par l’immeuble « IsDB Bhaban » sont utilisés pour fournir diverses formes de bénéfices socio-économiques aux bénéficiaires finaux, au promoteur du projet et à l'organisation bénéficiaire, au fonds awqaf et au secteur philanthropique, ainsi qu'à l'économie locale. Le projet finance cinq programmes : le Programme de bourses d'études en technologies de l’information, le Programme de formation professionnelle, le Programme des madrasah, le Programme de bourses d'études de 4 ans pour un diplôme d'ingénieur, et le Programme d'orphelinat.

Le Programme de bourses d'études en technologies de l’information vise à faire du grand nombre de diplômés des universités sans emploi dans des domaines autres que les TI, des membres productifs de la population active en renforçant leurs capacités techniques dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Il offre une formation aux compétences informatiques axées sur l'employabilité pour lesquelles il y a une demande. Le cours est intensif et dure un peu plus d'un an.

Le programme forme 1 200 étudiants par an. Les frais d'examen des certifications internationales en informatique sont couverts par la bourse. Mais ce n’est pas tout : le programme aide les diplômés à trouver un emploi. À ce jour, il a octroyé 12 778 bourses. Au total, 9 961 programmes d'initiation à l'informatique et 6 753 cours professionnels ont été dispensés, 5 922 stages effectués. En effet, le Programme de bourses d'études en informatique de BID-BISEW est fort apprécié par les employeurs, qui mentionnent souvent et de manière explicite une préférence pour ses diplômés dans les offres d'emploi.

Le Programme de formation professionnelle a pour but d’impulser un autre cours à la vie des jeunes qui n'ont pas pu poursuivre leurs études secondaires en raison de contraintes financières, en renforçant leurs compétences professionnelles. Il couvre les frais de formation dans des métiers tels que l'électricité et l'électronique, le travail de machiniste, le froid et la climatisation, la soudure et la fabrication. En outre, il accompagne les stagiaires en leur fournissant gratuitement un logement et des repas, ainsi qu'une allocation d'entretien mensuelle. Le programme aide également à la recherche d’emploi après la formation. À ce jour, 1 288 bourses ont été mises à disposition et 950 stagiaires ont suivi des cours, dont 872 ont trouvé un emploi.

Le Programme des madrasah offre des installations physiques dans les madrasah et a mis en place un programme Dakhil (professionnel) avec des installations complètes, dans le cadre du Conseil de l'enseignement technique du Bangladesh (BTEB). Dans le cadre de ce programme, des immeubles universitaires et des ateliers professionnels sont construits, le personnel enseignant est recruté, les matières premières, les outils et les équipements sont fournis, et les frais d'inscription d'examen couverts. On ne compte pas moins de 27 210 bénéficiaires, dont 1 068 diplômés de l'enseignement professionnel. Nombre d'entre eux ont fait partie des 20 premiers de l'examen final du BTEB entre 2011 et 2015.

Le Programme de bourses d'études de 4 ans pour un diplôme d'ingénieur permet aux diplômés Dakhil (professionnels) du programme des madrasah de faire un diplôme d'ingénieur de quatre ans dans les instituts polytechniques du Gouvernement. Il prévoit 2 500 TK (par semestre) pour les frais de scolarité, 2 000 TK (par mois) pour l’argent de poche, et 500 TK (par mois) pour les livres et autres matériels. Au total, 171 bourses ont été accordées, les bénéficiaires fréquentant l'un des 34 instituts polytechniques publics couverts.

Le Programme d'orphelinat n’a porté que sur un seul projet à ce jour, à savoir l'Orphelinat Khaiyarbhanga à Madaripur. Des logements ont été construits pour 100 orphelins. La moitié des dépenses alimentaires mensuelles de l'orphelinat sont couvertes. Des cours sont organisés pour les orphelins, qui ont enregistré un taux de réussite de 100 % aux examens publics, ce qui leur permet d'obtenir des bourses d’excellence du Gouvernement.

Au total, 1 350 orphelins en ont bénéficié, 20 à 30 nouveaux orphelins étant inscrits chaque année.

Au niveau des bénéficiaires finaux individuels, les avantages obtenus par les stagiaires devraient se maintenir sur plusieurs générations. Comme l'attestent de nombreux anciens bénéficiaires du projet BID-BISEW et du programme de bourses d'études en informatique en particulier, l'inscription à un programme a été pour eux une opportunité unique dans leur vie. Elle a complètement changé leurs perspectives, et en fin de compte leur niveau de vie et celui de leur famille.

 Le projet waqf a vu la création d'une nouvelle institution dotée de ses propres structures de gouvernance et de gestion. Cette institution a évolué au fil du temps, améliorant sa capacité à utiliser de manière efficace et efficiente les retombées du waqf pour les programmes éducatifs, et ainsi à réaliser l'objectif et la mission du waqf.

Pour l'administration du Waqf du ministère des Affaires religieuses du Bangladesh représentée au sein du comité mutawalli du projet BID-BISEW, ce projet est une grande réussite. Il marque un changement significatif dans la gestion des awqafs au Bangladesh. Il a reçu de nombreux prix et honneurs, ce qui a permis d'améliorer le profil de l'awqaf et d’en faire un modèle dans le secteur.

Les installations de haute qualité de « IsDB Bhaban » ont eu des incidences positives sur l'écosystème local pour les organisations et les entreprises internationales. Étant l’un des immeubles les mieux entretenus et les mieux sécurisés de Dhaka, cette infrastructure offre des installations de haut niveau qui facilitent le travail des organisations internationales (comme l'ONU). Y est également logé le plus grand marché informatique spécialisé du Bangladesh. « IsDB Bhaban » contribue donc à la dynamisation du quartier dans lequel il est érigé.

Le projet BID-BISEW a été l'un des premiers à offrir une formation en informatique, contribuant ainsi à combler un déficit de compétences marqué au début des années 2000. Cela a sans doute contribué à faciliter les premières phases du secteur des technologies de l’information/logiciels bangladais qui est maintenant en plein essor. En conséquence, le Programme de bourses d'études en TI du BID-BISEW est un modèle pour les programmes d'éducation/de formation axés sur l'emploi au Bangladesh, influençant les pratiques du Gouvernement et d'autres organisations.

Dans l'ensemble, le BID-BISEW représente un modèle d'intervention de la BID dans le cadre des waqfs. Il servira d’exemple pour les futurs projets waqf exécutés par la BID ou d'autres acteurs. Quelques enseignements et meilleures pratiques tirés de l'expérience BID-BISEW sont présentés ci-dessous. La supervision et l'administration de ce projet ont été confiées à un « comité de mutawallis » (conseil d'administration) composé de six membres, dont trois représentent le Gouvernement du Bangladesh, et trois sont nommés par la BID.

Bien que cette structure soit le résultat direct du partenariat entre le Gouvernement et la BID, et qu'elle soit donc inédite, elle offre un modèle de gouvernance réussie. La compétence et le professionnalisme de l'équipe de direction sont le résultat direct d'une structure de gouvernance bien conçue et d'un suivi étroit du waqf. La Direction utilise des tableaux de bord et des systèmes informatiques pour maintenir la qualité, la supervision et la transparence.

La pertinence de la participation de la BID et du Gouvernement au conseil d'administration d'un projet waqf (comité mutawalli ou nazir) est un enseignement essentiel tiré de l'expérience BID-BISEW. La présence de la BID permet de veiller à la qualité et d’éviter de s'écarter de l'acte initial du waqf. En outre, la participation permanente de la BID peut contribuer au renforcement du statut de l'organisation qui collabore ainsi de manière continue avec une institution internationale.

La présence du Gouvernement au conseil facilite la réalisation rapide des objectifs, en ce sens qu’il oriente la prise de décision et fournit les conseils ainsi que le réseau nécessaire pour faciliter la réalisation des objectifs du waqf. Elle favorise également le transfert d'expertise dans les deux sens, soutenant l'idée du waqf au sein du Gouvernement en donnant des exemples détaillés de réussite de programmes de waqf.

De manière plus générale, il est mieux de créer un comité mutawalli/nazir comme modèle de gestion institutionnelle des waqfs, que de recourir à la pratique traditionnelle consistant à nommer des individus comme nazirs, et ainsi créer des risques de corruption ou, à tout le moins affaiblir la prise de décision.

Le bureau de gestion du BID-BISEW est logé dans l’immeuble du waqf. Sous la houlette du Directeur général, l'équipe de direction supervise la gestion des installations du waqf et emploie une équipe de consultants en éducation pour gérer les différents programmes du BID-BISEW. Cette équipe de consultants veille à ce que les programmes éducatifs soient conformes aux normes optimales, avec un suivi et une amélioration continue. Cela a permis de mettre au point des programmes tout-à-fait adaptés au contexte local, avec de systèmes de contrôle détaillés.

La conception complexe des programmes éducatifs du BID-BISEW résulte d'un processus organique d'amélioration continue mis en œuvre depuis le début des programmes en 2003. Ainsi, ces pratiques peuvent être prises comme point de départ pour de futurs projets waqf à vocation éducative similaires. Il s’agit de recourir à des tiers prestataires de services pour la formation, avec une évaluation et des tests internes rigoureux des progrès des étudiants ; procéder à la vérification biométrique de la présence physique ; lier étroitement les paiements aux prestataires à leurs performances et leur présence. Les employeurs font l'objet de sondages permanents et les programmes d'études sont mis à jour en conséquence.

En outre, le choix des locataires et l'utilisation de l’immeuble par le BID-BISEW ont connu un grand succès : les locataires ont été circonscrits aux organisations internationales et sociétés multinationales afin d'assurer un flux de trésorerie régulier (par exemple l'ONU paie intégralement son loyer à l'avance). Quant au marché du block inférieur, la Direction du BID-BISEW est restée inflexible sur le fait qu'il doit être considéré comme un marché hautement spécialisé (informatique), ce qui en fait un lieu privilégié et attrayant pour les entreprises opérant dans le domaine de l’informatique.