Améliorer la sécurité énergétique

Écrit par : Mouammar Sow

« En mars 2014, le Gouvernement du Bénin a sollicité la BID pour le financement d'une centrale thermique de 400 MW. En avril, la Banque a entrepris une mission exploratoire à Cotonou pour discuter du dimensionnement, du type de combustible et de la distribution de la capacité proposée. Elle a convaincu le Gouvernement d'exécuter le programme par étapes, avec une première phase de 120 MW qui serait mise en service au plus tard en 2019. La première phase est donc devenue une priorité pour le Gouvernement qui voulait atténuer la pénurie d'électricité dans le pays et stimuler la croissance économique. La construction de la centrale électrique à double combustible de Maria Gleta a permis de pourvoir aux besoins en énergie du Bénin, tout en améliorant les moyens de subsistance des populations locales ».

Les souvenirs de mon enfance à Cotonou marquée par les ridicules coupures de courant, restent gravés dans ma mémoire. Malgré tous ses défauts et la série apparemment interminable de ses problèmes, j'ai grandi en aimant la ville de ma vie. Nous avons eu la chance de vivre au beau milieu de la ville la plus animée et la mieux entretenue de notre cher Bénin.

La pénurie d'électricité dans notre pays ne semblait même pas épargner Cotonou, son centre socio-économique. Je me souviens encore d'un professeur d'université quand il nous disait que nous importions environ 91 % de notre électricité du Nigeria, du Togo, du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Il nous disait également que cette importation d'électricité ne fera que s’accentuer avec le temps, la demande en électricité augmentant alors à un taux de 10,4 % par an.

Cela m'a amené à me demander comment cette dépendance à l'égard d'autres pays affectait notre PIB et le rêve de toute une nation aspirant à devenir l'une des plus fortes et des plus développées de toute l'Afrique. Même en 2014, alors que la majeure partie de notre électricité étant importée, il y avait des délestages récurrents qui touchaient aussi bien les consommateurs industriels que les particuliers.

J'ai eu la chance d’avoir été proposé par notre gouvernement comme observateur pour le projet de construction de la centrale thermique de Maria Gléta. Tout a commencé lorsque le gouvernement s'est adressé à la Banque islamique de développement en mars 2014 pour un financement de la construction d'une centrale électrique de 400 MW visant à amener le pays à l'autosuffisance en matière de production d'électricité.

Des documents que je devais lire dans le cadre de mon rapport, il est ressorti que la Banque islamique de développement avait conseillé le gouvernement de diviser le projet en plusieurs phases, pour remédier rapidement à nos pénuries d'électricité. La première phase, d'une capacité de production totale de 120 MW, devait être mise en service à l’horizon 2019.

Je me souviens du style de reportage joyeux de l'animateur de la Télévision nationale annonçant la signature du crédit-bail le 12 décembre 2014. Certains membres de ma communauté applaudissaient même le gouvernement pour avoir garanti un investissement aussi énorme pour le bien du pays.

Bien que je ne connusse pas les détails du projet à ce moment-là, une lecture rapide de la documentation officielle a montré comment ses coûts ont été répartis entre 4 acteurs clés : la Banque islamique de développement (119,6 millions d'euros), la BOAD (15 millions d'euros), la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) (23 millions d'euros) et enfin, le Gouvernement du Bénin (4,7 millions d'euros). Un contrat d'exploitation et de maintenance de cinq ans avait également été préparé pour entrer en vigueur dès l'achèvement de la construction de la centrale.

Non seulement la construction du projet de centrale thermique de Maria Gléta était importante pour les besoins en électricité du pays, mais elle était également une source de revenus indispensable pour les sans-emplois du pays. Au total, 1 703 emplois locaux ont été créés par ce projet futuriste. Même après son achèvement, la centrale thermique continue d'être une source d'emploi permanent pour 54 membres du personnel local.

Une fois réalisé, le projet a remplacé les 180 MW d'énergie électrique loués et une turbine à gaz de 80 MW, qui pesaient tous deux inutilement sur notre économie. À fin 2019, la centrale thermique de Maria Gléta nous a permis d'économiser environ 11 millions de dollars, ce qui est beaucoup pour un pays comme le nôtre.

Tout le monde au Bénin a été époustouflé par l'incroyable éthique de travail de l'entreprise, par son souci de la sécurité des travailleurs et même par le fait qu'elle ait fait un effort supplémentaire en fournissant 700 moustiquaires pour empêcher les travailleurs de contracter le paludisme. Au total, dix campagnes de sensibilisation ont été organisées pour les travailleurs, dans le but de les informer sur les maladies sexuellement transmissibles et les mesures efficaces de prévention. Un autre aspect record du projet a été l'absence totale de blessures sur le site, même si les médias ont fait état d’un accident de la circulation hors site lié au projet.

En lisant la documentation plus tard, j'ai pris connaissance du travail qui a été fait pour veiller à ce que la construction de la centrale n'ait pas d'effets néfastes sur les gens ou l'environnement. Dans toute l'histoire de mon pays, il n'y a jamais eu de projet traité et exécuté avec autant de compétence.

Même les nuisances sonores sont très faibles avec moins de 50 dB pour être précis, pour utiliser le jargon technique. Mon admiration pour la Banque islamique de développement s'est fortement accrue lorsque j’ai eu un aperçu de la façon dont le projet s'est déroulé. Il est fait mention de l'indemnisation des 363 personnes touchées par le projet et de l'allocation de fonds pour l'achat des terrains nécessaires au projet. 

Pour la première fois dans notre pays, un projet a été achevé avant même la date prévue. Cela valait la peine d’être témoin de la joie et du bonheur de chaque homme, femme et enfant au Bénin, le 26 août 2019. Ce qui est encore plus surprenant c'est que la capacité du projet initialement prévue, soit 120 MW, a été portée à 127 MW, couplée à des sous-centrales d'évacuation de l'électricité et d'approvisionnement en gaz. L'absence de toute modification des coûts et de la portée du projet à mi-parcours a été la cerise sur le gâteau.

D’un seul coup, la Banque islamique de développement nous avait aidés à atteindre une indépendance de 50% en termes de production d'électricité, et les avantages ne se limitent pas uniquement à cela. Au total, 24 nouvelles salles de classe ont été construites pour les élèves de Houêto, ce qui n'est rien de moins qu'un miracle pour des élèves confrontés auparavant à une baisse de la qualité de leur éducation en raison de l'absence de ressources et d'électricité.

En outre, la nouvelle route d'accès également reconstruite dans le cadre du projet a permis à la population locale de bénéficier de nombreux avantages en termes d'activités commerciales. Le projet de centrale thermique de Maria Gléta est certainement un tremplin pour un Bénin moderne, autosuffisant et développé.