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Leveling The Field

Le récit de : Amal Hadid,
Écrit par : Syed Hassan Alsagoff

« Avec en point de mire les couches les plus vulnérables de la société égyptienne, le programme Ard El Khair offre aux jeunes femmes vivant en milieu rural un soutien, des ressources et une formation à l'élevage comme moyen d’accéder à un emploi durable. La Banque islamique de développement a apporté au programme un financement sous forme de moudaraba restreint, par le biais de son programme de promotion de l’emploi des jeunes dénommé « Youth Employment Support (YES) » qui met à disposition un montant de 50 millions de dollars des États-Unis destiné à donner aux jeunes actifs au chômage la possibilité d’être plus autonomes à la faveur d’activités génératrices de revenus. Bien que le Programme « YES » soit focalisé sur l'emploi des jeunes, il fallait aussi y inclure les couches les plus vulnérables. L'incubateur Ard El Khair financé par le Programme, visait à relever ce défi ».

Dans les vastes champs dorés de la ferme El Wadi située à 500 km de la vieille ville du Caire, des troupeaux de vaches errent librement, paissant sur les 30 acres de pâturages fertiles et luxuriants qui les entourent. La brise souffle doucement, faisant bruire les feuilles des arbres voisins, et l'odeur du foin fraîchement fauché flotte dans l'air embaumé. À côté des champs, un chemin de terre sinueux mène à un petit bâtiment en béton dans une ferme, où un groupe de femmes d'un village voisin se réunit pour une matinée de formation sur l'embouche bovine.

Les femmes ont des raisons différentes d'être ici. L'une d’elles est l'unique soutien de sa famille et a du mal à joindre les deux bouts, tandis qu'une autre n’a pas suffisamment de connaissance sur la manière de gérer sa propre entreprise. Quant à moi, récemment diplômée en médecine et qui espérais devenir docteur, je me suis retrouvée dans la pièce pressée par l’urgence et de manière inattendue. Comme beaucoup de jeunes femmes habitant El Wahat el Bahariya, l'un des gouvernorats les plus pauvres d'Égypte, ma vie ne s'est pas exactement déroulée comme je l'avais prévu.

La crise financière de 2019 et les turbulences du printemps arabe qui s’en sont suivies ont déclenché une crise politique qui a conduit une baisse de la croissance économique en Égypte.

Les jeunes Égyptiens continuent de se battre contre le chômage, les femmes étant les plus touchées. Une enquête menée par ONU Femmes montre que l'activité économique des jeunes femmes en Égypte est extrêmement faible par rapport à celle de leurs pairs masculins : 82,1 % des jeunes femmes non étudiantes ne font pas partie de la population active, contre seulement 13,6 % chez les jeunes hommes. 

L'enquête a également révélé que la durée moyenne du chômage chez les jeunes en Égypte est de 120 semaines, soit plus de deux ans. Chez les jeunes hommes, la moyenne est de 109 semaines, tandis que chez les jeunes femmes elle est nettement plus longue, avec 141 semaines. Parmi celles-ci, les jeunes femmes des zones rurales comme moi font face à des difficultés particulières. En raison de leur éloignement géographique des villes, elles ont des débouchés économiques très limitées. Après avoir obtenu mon diplôme, j'ai eu du mal à trouver un emploi près de mon village et je n'avais pas les moyens de faire la navette.

Après presque un an de recherche d'emploi, ma famille m'a encouragée à m'engager dans l'agriculture, un secteur à haut risque, en particulier pour ceux qui n'ont pas la capacité ou l'expérience nécessaires pour atténuer les risques. J'avais déjà eu vent des difficultés rencontrées par mes voisins qui travaillaient dans les champs. Face à des obstacles fondés sur le genre tels que l’absence d'accès à la terre, aux financements, aux marchés, à de bonnes conditions de travail et à l'égalité de traitement, ces femmes étaient fortement désavantagées avant même d'avoir semé une graine ou labouré un champ.

C'est précisément ce qui a poussé nombre d'elles eux à s'inscrire au programme de formation de neuf mois. Dirigé par Ard el Khair, une entreprise de production animale, et financé par la Banque islamique de développement, le programme offre aux jeunes femmes rurales d'Egypte la formation, le soutien et les ressources dont elles ont besoin pour élever du bétail comme moyen d'obtenir un emploi durable. Après notre acceptation dans l’incubateur Ard El Khair, nous avons reçu un prêt mourabaha utilisé par Ard El Khair pour nous acheter des bêtes pour l’embouche. Comme il s’agissait d’un achat en gros, les coûts ont été beaucoup plus bas que si nous devions acheter nous-mêmes.

Nous suivions des cours de trois heures quatre fois par semaine, ce qui nous permettait de concilier notre travail et notre vie de famille. Une allocation nous était également accordée pour nous soutenir dans l’apprentissage. Pendant notre formation, on nous a enseigné les meilleures pratiques en matière d'embouche bovine, notamment la nutrition, l'hygiène et les activités vétérinaires. Je me suis rapidement attachée à ces adorables bêtes, même si au début je ne pouvais les identifier que grâce à leur étiquette qui montrait que c’étaient les miennes. Mais très vite, j'ai pu savoir tout de suite laquelle m'appartenait, et je puis dire qu'elles me reconnaissaient aussi. En nous occupant de notre troupeau dès le départ, nous avons acquis rapidement une expérience pratique.

À l’issue de la formation, Ard El Khair a vendu les bêtes à ses clients, notamment des hôtels, des écoles et des grossistes, et nous a distribué le revenu résiduel après déduction des coûts de production et de commercialisation. En moyenne, nous avons gagné environ 166 dollars des États-Unis par mois, en plus de la formation que nous avons reçue et qui nous permettra de lancer notre propre petite entreprise d'embouche bovine. Il importe de souligner que la formation a renforcé notre confiance en soi et notre capacité à gérer avec bonheur nos propres entreprises.

Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce programme, c'est que nous n'étions jamais traitées comme une couche défavorisée de la société ou comme des personnes inutiles et incapables. Le fait de dispenser une formation professionnelle sans aucun financement ou de fournir un financement sans formation n'aurait pas donné de résultats positifs. En nous traitant de manière digne et en tant que partenaires commerciaux potentiels, le programme a créé un environnement qui nous a aidées à maximiser notre potentiel.

Depuis qu'elles ont terminé le programme, les autres femmes et moi-même sommes devenues indépendantes et avons créé nos propres petites entreprises d'embouche bovine à domicile. Nous gagnons maintenant un bon revenu et sommes en mesure d'offrir une vie meilleure à nos familles. Nous pouvons toujours compter sur Ard El Khair pour des conseils et des services vétérinaires, ou pour acheter et écouler notre bétail pour nous sur des marchés auxquels nous aurions du mal à accéder.

Dès le début, nous avons été formées et traitées comme des partenaires et non des débiteurs. Venant d'un milieu pauvre, il était très important pour moi d'être correctement formée tout en étant protégée des risques méconnus et des erreurs qui seraient chères à payer. Après avoir brillamment suivi le programme jusqu’à son terme, chacune de nous a obtenu son diplômé en tant que partenaire d'Ard El Khair

Je crois que la promotion de l'autonomisation des femmes participant à la production de bétail est un objectif important et une voie prometteuse pour réduire la pauvreté des ménages et améliorer leur nutrition. Aujourd'hui, quand je me réveille chaque jour à l'aube pour commencer à travailler dans ma propre ferme, je me rends compte que la vaste étendue de pâturages qui m’entoure offre une multitude de nouvelles possibilités.