Un abri contre la tempête

Écrit Par : Nijad Subei en association avec Mohammed Simsim, et Mohammed Javid

« En novembre 2007, le cyclone Sidr a dévasté la ceinture côtière du sud-ouest du Bangladesh. De fortes pluies, une forte onde de tempête et des vents atteignant 220 km à l'heure ont détruit des maisons et causé d'importants dégâts aux cultures, au bétail et aux établissements d'enseignement. Les réseaux de transport et de communication, ainsi que l'approvisionnement en eau et en électricité ont été perturbés. Au moins 3 400 personnes sont mortes et plus de 55 000 ont été blessées. La Banque islamique de développement a financé la construction d’abris scolaires et anti-tempête autonomes et durables par le biais de son Programme Fael Khair (à présent dénommée « King Abdullah Programme for Charity Works » – KAAP), afin de renforcer la résilience du Bangladesh face au catastrophes naturelles, tout en améliorant les opportunités d’apprentissage »

n novembre 2007, le cyclone Sidr a dévasté la ceinture côtière du sud-ouest du Bangladesh. De fortes pluies, une forte onde de tempête et des vents atteignant 220 km à l'heure ont détruit des maisons et causé d'importants dégâts aux cultures, au bétail et aux établissements d'enseignement. Les réseaux de transport et de communication, ainsi que l'approvisionnement en eau et en électricité, ont été perturbés. Au moins 3 400 personnes sont mortes et plus de 55 000 ont été blessées. Au total, environ 1,2 million de personnes ont été victimes de ce cyclone.

En raison de sa situation géographique, le Bangladesh a toujours été sujet à des catastrophes naturelles. Les cyclones destructeurs, les marées et les inondations sont des phénomènes réguliers, et les populations vivant dans les zones côtières sont régulièrement touchées par ces catastrophes. De très nombreuses personnes n'ont pas accès à un abri pendant les cyclones ; leur bétail meurt et leur matériel agricole est détruit, mais elles doivent quand même trouver un moyen de reprendre leur vie en main.

Les ravages du cyclone Sidr ont fait l’objet de reportages par les chaînes d'information et les médias internationaux, et c’est ainsi qu’un philanthrope anonyme (Fael Khair en arabe) dont le nom fut communiqué après sa mort, en l’occurrence le défunt roi du Royaume d'Arabie Saoudite, Abdullah bin Abdul Aziz Al Saud, a fait un généreux don de 130 millions de dollars des États-Unis, en guise de secours d’urgence aux victimes de ce cyclone au Bangladesh.

Il a confié le fonds à la BID pour son lancement par le biais d'un nouveau mécanisme appelé « Fael Khair Program » (FKP) (à présent dénommée « King Abdullah Programme for Charity Works » – KAAP).

Ce programme a été créé pour apporter une aide d'urgence aux victimes du cyclone Sidr et financer la construction d'abris durables afin de protéger la vie et les biens essentiels des habitants des zones côtières du Bangladesh dans des catastrophes similaires à l’avenir.

Un protocole d'accord a été signé entre le Gouvernement du Bangladesh et la BID en 2008. La majeure partie du don (110 millions de dollars des États-Unis) a été consacrée à la construction, l'aménagement et l'équipement de bâtiments polyvalents appelés « abris scolaires – anticycloniques » (SCCS). Une partie des 20 millions restants a été allouée aux victimes du cyclone Sidr sous forme d'intrants agricoles et d’aide pour leur permettre de se relancer, et l’autre partie maintenue à titre de subvention pour la couverture partielle des futurs coûts d'entretien des abris anticycloniques. Un comité consultatif a été créé pour garder un contact de haut niveau avec le Gouvernement du Bangladesh et fournir des conseils sur la mise en œuvre du KAAP « FKP ».

Dans un premier temps, une étude de modélisation des ondes de tempête a permis d'évaluer la hauteur de ces ondes sur les sites potentiels aux endroits potentiels des SCCS. Les niveaux des ondes de tempête sur une période de 50 ans ont été pris en considération dans le choix du type de bâtiment pour chaque emplacement.

Un concours international de dessins d’architecture a été organisé pour les bâtiments. Deux projets ont été adoptés sur la base des critères d’esthétique et de fonctionnalité. Le premier était de type Killa pour les bâtiments situés sur un terrain surélevé. Ce modèle est utilisé dans les zones où la hauteur des ondes de tempête est faible (moins de 1,6 m). Le deuxième modèle est le type « abri sur pilotis » utilisé pour les bâtiments situés dans des zones où la hauteur moyenne des ondes de tempête est supérieure à 1,6 m. Dans ces bâtiments, le rez-de-chaussée est ouvert pour que les ondes de tempête puissent passer sans endommager le bâtiment, et le premier étage construit à un niveau supérieur au niveau de récurrence des cyclones sur 50 ans. Ces deux types de bâtiments peuvent accueillir environ 2 000 personnes et 500 bovins.

Des spécifications techniques internationales et des normes élevées ont été appliquées dans la conception et la construction de ces structures, qui ont une durée de vie prévue d'au moins 100 ans. Ces infrastructures robustes sont conçues pour résister à des vents pouvant atteindre une vitesse de 260 km à heure. Du béton à haute résistance a été utilisé pour construire des structures solides dans la ceinture côtière saline, ainsi que de l'eau potable pour garantir la qualité du béton et la durabilité des abris.

Les structures ont été conçues pour être bien ventilées, même si portes et fenêtres sont fermées pendant les tempêtes. En outre, les SCSC sont des bâtiments écologiques, qui s’approvisionnent en eau potable grâce à leur propre système de collecte de l’eau de pluie, et utilisent l'énergie solaire pour produire suffisamment d'électricité pour l'éclairage, la ventilation et les communications de base. Lorsque surviennent les catastrophes naturelles, le réseau électrique national peut être perturbé et les sources d'eau potable souterraines et de surface peuvent s’avérer inutilisables. Dans de telles circonstances, un bâtiment du SCCS du KAAP « FKP » continuera à pourvoir aux besoins de base en tant que structure totalement indépendante et autonome.

Chaque bâtiment contient six salles de classe de dimensions normales, des salles séparées pour le directeur et les enseignants, et un nombre suffisant de toilettes à l’usage de l’école. Du mobilier scolaire normal et durable (bancs, tables, chaises et rangements) est également fourni. 

Tous les bâtiments du SCCS offrent un espace séparé pour le bétail qui est ainsi protégé lorsque surviennent les cyclones. Cet espace est accessible par une rampe en pente douce, qui peut également être utilisée par les personnes en fauteuil roulant pour accéder à l'abri. Des toilettes ont également été aménagées pour les personnes handicapées. Les bâtiments comprennent des espaces séparés pour le stockage de vivres et de médicaments d'urgence, ainsi que d’équipements d’énergie solaire. Une balise lumineuse alimentée par énergie solaire est placée sur le toit pour la visibilité de abris en cas de catastrophe, en particulier sous de fortes pluies et pendant la nuit. Sur le toit de chaque bâtiment il y a une partie où sont placées des tuiles noires et blanches en forme de « S » pour faciliter la cartographie SIG/GPS/GTV.

Le volet réhabilitation et moyens de subsistance du KAAP « FKP » des victimes du cyclone a pris la forme de petites interventions de « qard hasan » (microcrédit) sans intérêt ni frais pour soutenir l'agriculture, la pêche, l'élevage et d'autres activités économiques rurales. Les interventions ont également permis de dispenser des formations pour aider les personnes touchées à rétablir leurs moyens de subsistance et à augmenter sensiblement la production agricole afin de réduire la pauvreté et contribuer ainsi à la croissance économique et au développement du Bangladesh. Une approche similaire a été utilisée lors de catastrophes naturelles ultérieures. 

À ce jour, environ 343 900 personnes dans 12 districts de la ceinture côtière ont bénéficié du programme « qard hasan » de Fael Khair. Les 20 millions de dollars des États-Unis alloués ont été reconduits environ 7,7 fois, ce qui signifie que le montant total des prêts de microfinancement a dépassé 154 millions de dollars. En moyenne, au plus fort du programme, plus de 1 million de dollars des États-Unis ont été accordés chaque mois par les trois organisations non gouvernementales concernées.

En collaboration avec les agences du Gouvernement du Bangladesh, le KAAP « FKP » a répertorié un certain nombre d'emplacements dans 13 districts côtiers, où des bâtiments polyvalents pourraient servir d'abris lors de catastrophes naturelles et d'écoles en d'autres circonstances. Dans le cadre du budget disponible, 172 SCCS ont été construits et remis à leurs communautés locales dans les zones de la ceinture côtière du Bangladesh. Plus de 35 de ces SSSC ont depuis lors prouvé leur efficacité lors des cyclones Mahasen, Roanu et Fani, en fournissant un abri aux personnes, à leur bétail et à d'autres biens dont les petits véhicules. 

Le Département Évaluation des opérations de la BID a évalué le projet et fait un rapport très positif sur ses réalisations et sur qualité de ses résultats. Par ailleurs, en raison de la remarquable réussite du projet, le Gouvernement du Bangladesh a demandé au KAAP « FKP » d'utiliser les économies réalisées pour construire des abris supplémentaires dans les trois districts les plus défavorisés de la ceinture côtière. Après estimation des économies et des coûts, KAAP « FKP » entend fournir 14 abris supplémentaires et les préparatifs sont actuellement en cours pour leur construction.

Une évaluation d'impact réalisée par un consultant spécialisé a démontré la réussite de l'intervention de microfinance. L'analyse a laissé apparaître des retombées positives de taille pour les populations locales touchées par le cyclone, ainsi que les avantages du système de microfinance islamique adopté par rapport aux options traditionnelles fondées sur les intérêts et largement utilisées au Bangladesh.

Pour poursuivre et pérenniser le programme, une structure institutionnelle distincte appelée « Fael Khair Waqf » a été enregistrée auprès de l'administration du Waqf du Bangladesh. Un comité « mutawalli » a été constitué pour assurer un investissement approprié et superviser l'utilisation de ce fonds. Pour permettre de prendre en charge les coûts administratifs du programme de réhabilitation, une partie du fonds waqf de Fael Khair a été investie auprès de banques islamiques (jusqu'à la mise en place d'un waqf d'investissement permanent).

Les Bangladais sont très résilients. Ils ont juste besoin d'un coup de main lorsque leurs vies sont détruites par des catastrophes naturelles - et le KAAP « FKP » leur a apporté cette aide.

Le programme a changé de nombreuses vies et amélioré le paysage socio-économique de la ceinture côtière du Bangladesh. La vision du FKP (à présent dénommée « King Abdullah Programme for Charity Works » – KAAP) est alignée sur les objectifs de développement durable des Nations Unies : pas de pauvreté (SDG1), éducation de qualité (SDG4), travail décent et croissance économique (SDG8). Avec les abris anticycloniques et le programme de réhabilitation, le rêve de Fael Khair est devenu réalité. Aujourd’hui beaucoup moins de vies sont perdues et moins de biens détruits pendant la mousson au Bangladesh, et le bien-être général des villageois pauvres dans les zones de la ceinture côtière a été amélioré. C'est là le véritable esprit de l'Islam.