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Un réseau communautaire en action

Par : Mohamed Ishthiaq Akbar en association avec Syed Hassan Alsagoff, et Ibrahim Ali Shoukry

« En 2008, le Gouvernement indonésien a demandé à la Banque islamique de développement de soutenir les efforts de réduction de la pauvreté de son pays en se joignant au PNPM-Mandiri, un programme de développement communautaire lancé en 2006. La BID a répondu à l’appel l'année suivante en s’attachant à réduire la pauvreté en Indonésie par le biais de projets de développement communautaire intégrés pour lesquels les membres des communautés locales, qu'ils soient hommes, femmes, jeunes, marginalisés, du secteur privé, administrateurs locaux ou fonctionnaires, jouent tous un rôle d’acteur du développement en tant que réseaux communautaires et agents actifs du changement. En Indonésie, les programmes de développement communautaires ont permis aux communautés de s'engager dans des infrastructures ciblées, contribuant ainsi à l’amélioration des moyens de subsistance et de l'économie locale ».

Le programme de développement communautaire est essentiellement « une approche qui donne aux groupes communautaires et aux gouvernements locaux le contrôle des décisions de planification, de mise en œuvre et d’investissement des ressources ». En 2008, le Gouvernement indonésien a sollicité l’appui de la BID aux efforts de réduction de la pauvreté du pays en se joignant à un programme de développement communautaire appelé PNPM-Mandiri et lancé en 2006. C’est ainsi que démarra en 2009 en Indonésie le parcours de la BID pour la réduction de la pauvreté par le biais de projets de développement communautaires intégrés, pour lesquels les membres des communautés locales, qu'ils soient hommes, femmes, jeunes, marginalisés, du secteur privé, administrateurs locaux ou fonctionnaires, jouent tous un rôle d’acteur du développement en tant que réseaux communautaires et agents actifs du changement.

Renforcement des capacités des communautés

À la faveur de la réussite des Phases I et II des projets de développement communautaire intégré, la BID, en partenariat avec le Fonds de solidarité islamique pour le développement (FSID), a continué d’accompagner le Gouvernement indonésien dans la réduction de la pauvreté par le biais de la Phase III. Celle-ci était en droite ligne des plans de développement du Gouvernement et du Groupe de la BID. Elle était au cœur de la vision 1440H de la BID qui prône un développement humain global et s’articule autour de multiples axes stratégiques, notamment : la réduction de la pauvreté, la promotion de la santé, l'éducation universelle, la prospérité et l'autonomisation des femmes.

Le projet vise à créer une communauté indépendante à même de collaborer avec le Gouvernement pour améliorer les conditions de vie. Les membres de la communauté ont été formés et aidés à : décider de leurs priorités, planifier et élaborer des propositions, et mettre en œuvre des activités, tout en gérant et en surveillant les progrès. Ils ont travaillé en partenariat avec le Gouvernement local, les animateurs, le ministère des Travaux publics et du logement et les consultants du projet.

Couverture et portée 

Le projet a couvert 4 441 quartiers urbains (kelurahan) dans 99 districts de 13 provinces de l'Indonésie occidentale (notamment toutes les provinces de Sumatra, Java Ouest, Banten, Jakarta et Kalimantan Ouest). Le ratio hommes/femmes était de 1:1, tandis que l'incidence de la pauvreté variait de 9 % à 40 %. Selon les estimations, environ un tiers de la population totale du kelurahan (environ 17 millions de personnes, soit 3,4 millions de ménages) en bénéficieraient directement.

L'objectif de la Phase III était d'améliorer durablement le bien-être des communautés les plus démunies grâce à l'autonomisation des communautés. Le champ d'application consistait à fournir un financement global pour couvrir : le développement des activités communautaires (qu'elles soient physiques, économiques ou sociales), la création d'institutions communautaires, l’acquisition de connaissances et les partenariats à flux inversés (« reverse linkages »), et l’appui à la gestion de projet.

Ressources

Le coût total de ce projet est estimé à 254,01 millions de dollars des États-Unis, dont 205 millions dont (80,7 %) apportés par la BID et la Déclaration de Djeddah sous forme de financement istisna'a, le FSID sous forme de prêt et d’ijara de service. Le Gouvernement indonésien et la communauté ont financé la part restante. En termes de ressources humaines et techniques, l'Unité de gestion du projet (UGP) au niveau national était principalement chargé de la gestion, de la coordination et du suivi des activités du projet.

Les 13 UGP provinciales et les 99 UGP de district étaient quant à elles en charge de l’assistance sociale, technique, économique et financière aux communautés par le biais d'activités d'autonomisation et de développement, ainsi que de l’appui à la gestion, à la supervision et au suivi des projets sur le terrain. Les 4 441 communautés de le « kelurahan » ont représenté des ressources essentielles dans la planification et la mise en œuvre.

Contexte de changement

L'approche communautaire du modèle de développement intégré a permis aux communautés de travailler avec les gouvernements locaux dans la planification, la mise en œuvre et le suivi des projets de développement dans leur localité. Les membres de la communauté sont devenus des acteurs d’un changement positif. Ce fut un exemple précoce et pérenne de mobilisation d'un réseau d’acteurs dans des opérations de développement générales.

Des bénéficiaires aux partenaires

Souvent, les interventions des donateurs sont considérées comme des dons. Les communautés ne sont que des bénéficiaires marginaux : le gouvernement décide de ce qui est nécessaire et les communautés attendent de recevoir les bénéfices. Si de tels programmes peuvent contribuer à réduire les inégalités par la lutte contre la pauvreté, ils peuvent aussi créer une mentalité d’assistés chez les bénéficiaires. Toutefois, dans le cadre du développement communautaire intégré, l’aide apportée aux communautés leur a permis de voler de leurs propres ailes. Avec leurs comités et groupes d'entraide, elles deviennent des partenaires dans la planification, la mise en œuvre et la gestion, qui sont des vecteurs de changement.

Indépendance et autonomie

Pour utiliser la métaphore du poisson et de la canne à pêche, on peut dire que dans la Phase III du projet, les membres de la communauté ont décidé d’apprendre à pêcher pour améliorer leur vie. Ils ont bénéficié d’un renforcement des capacités sur les techniques de la pêche et reçu un financement partiel pour acheter la canne à pêche. Ils ont acheté la canne à pêche, pêché et vendu le poisson eux-mêmes, puis ont partagé les bénéfices avec l’ensemble la communauté.

Après quelques cycles de financement de ce type dans le cadre de la Phase III du Projet de développement communautaire, la contribution de la communauté a été suffisante pour financer une activité particulière dans certains cas. Les bénéficiaires du microfinancement ou des fonds renouvelables, notamment des femmes, sont devenus des acteurs indépendants et des pourvoyeurs d'emplois au sein de leur propre microentreprise.

Renforcement de la participation et de l'appropriation des communautés

L’occasion leur ayant été donnée de jouer un rôle actif dans leur développement, les communautés se sont faites à l'idée qu'elles pouvaient apporter un changement positif à leur vie et à celle de leurs voisins. Les populations se sont impliquées sérieusement et ont travaillé de concert pour veiller à ce que le plan de développement du village dont ils avaient convenu soit mis en œuvre dans la plus grande rigueur et les délais impartis. Elles se sont donc vivement approprié le plan. Elles étaient très fières de leurs réalisations et du fait qu'elles avaient participé directement à l'amélioration de leur situation.

Partenariat plus étroit entre le gouvernement local et la communauté

 Le modèle d'autonomisation des communautés a permis d’instaurer en Indonésie une transparence et une responsabilité accrues, ainsi qu'une approche de planification consultative de la base au sommet qui a permis de faire des interventions de développement plus ciblées et plus pertinentes. Étant donné l'importance accordée à la divulgation complète de tous les comptes et activités, la communauté a fait confiance au projet ainsi qu'au gouvernement local. Les gouvernements local et fédéral ont également pris conscience des points forts du programme et du pouvoir de la communauté. En conséquence, ils ont entamé un dialogue avec cette dernière sur la manière dont ils pouvaient améliorer les districts, tout en mettant à disposition des fonds pour compléter le financement de la BID. Cela a conduit à une augmentation significative de la contribution du Gouvernement à hauteur de 49 millions de dollars des États-Unis environ, soit 23% du financement apporté par la BID.

Durabilité accrue

Le projet a fourni des infrastructures et des compétences. À partir de là, les communautés ont créé des partenariats avec le secteur privé, les organisations non gouvernementales et les institutions gouvernementales locales pour développer des programmes d'auto-assistance similaires. Par exemple, elles ont sollicité les gouvernements locaux pour financer la rénovation de maisons délabrées, ainsi que des organisations non gouvernementales pour les soins de santé et l'éducation en faveur des pauvres. Les communautés ont également pris en charge l'entretien et la maintenance des différentes infrastructures.

Amélioration des conditions de vie et des moyens de subsistance 

Amélioration des résultats de la lutte contre la pauvreté

D'après les données de l'enquête de référence recueillies sur les sites des projets de la BID, le nombre de ménages pauvres dans les 273 villages échantillonnés était de 25,7 % en moyenne en 2013. Lors de l'étude d'impact préliminaire, ce nombre a été ramené à 21,6 %. Il y a donc eu une réduction de 4 % de la pauvreté sur une période de trois ans (2013 à 2016). Par rapport aux taux de pauvreté nationaux, les sites du Projet de développement communautaire intégré ont enregistré un meilleur taux de réduction de la pauvreté. Selon l'évaluation d’impact préliminaire, le taux de pauvreté était de 10,86 % en 2016, en baisse de 0,62 % par rapport à celui de 2013 qui était de 11,37 %.

Construction de meilleure qualité et à des coûts plus abordables

Le nombre de projets d'infrastructures dans les régions les plus pauvres est passé de 25 % à 42 %. Plus de 60 % ont été jugés de bonne qualité, et ce chiffre passe à 95 % si l'on inclut les infrastructures jugées satisfaisantes. Les coûts de construction ont également été beaucoup moins élevés que s’ils avaient été réalisés par des entreprises privées, puisque la communauté et les groupes d'entraide ont fourni la main-d'œuvre et les matériaux nécessaires pour soutenir les activités au prix coûtant.

Bonne gestion des fonds renouvelables

Les investissements en bloc pour les activités économiques par le biais de fonds renouvelables se sont avérés viables, avec environ 40,5 % affichant un taux de remboursement de plus de 90 %. Ce chiffre passe à 60 % pour les fonds dont le taux de remboursement est supérieur à 80 %. Ceci est d’autant plus louable qu'ils étaient gérés par des communautés qui n'avaient aucune expérience préalable en matière de microfinance. Les communautés ont utilisé des systèmes d'information de gestion pour justifier de manière précise l’utilisation de ces fonds renouvelables.

Recrudescence des activités d'amélioration des moyens de subsistance

Plus de 215 000 groupes d'entraide ont lancé des activités de subsistance économique. Cela représente environ 43 % de l'ensemble des groupes d'entraide du projet, contre 23,37 % (base de référence). Parmi eux, 25 % des entreprises ont commencé à commercialiser leurs produits en dehors du village. 

Bons résultats financiers des centres de développement d'entreprises pilotes

Sur les 15 centres de développement d’entreprise pilotes créés dans le cadre du projet, 12 ont enregistré de bons résultats financiers. Les produits innovants ont été choisis en fonction de leur avantage concurrentiel, et les centres de développement des entreprises ont joué le rôle de commerçants pour aider les groupes d'entraide à commercialiser ces produits en dehors de leurs villages. Les centres ont réussi à commercialiser les produits au niveau national et, dans certains cas, les produits ont été vendus en Malaisie et à Singapour.

Intégration des réalisations du Projet de développement communautaire intégré au niveau national et reproduction au niveau international

Le programme d'amélioration des moyens de subsistance financé par la BID a été reproduit par le Gouvernement indonésien dans les localités du PNPM-Mandiri financées par la Banque mondiale. Il a inspiré des interventions similaires financées par la BID en Gambie et en Sierra Leone, et servi de base au programme phare du FSID, en l’occurrence le Programme des villages durables. Le Gouvernement indonésien est également devenu une plaque tournante pour les meilleures pratiques en matière de projets de développement communautaire, et la BID a facilité les échanges de connaissances avec les délégations de la Sierra Leone, de la Gambie, du Soudan, de l'Ouganda et de la Côte d'Ivoire. Il existe un énorme potentiel de reproduction de ce modèle de développement communautaire dans d’autres pays membres de la BID, avec une adaptation aux besoins et des partenariats à flux inversés (« reverses linkages »).

Promotion de l'autonomie comme clé du succès

L'implication et la confiance de la communauté ont été essentielles à la réussite du Programme. Le gouvernement a fait participer les communautés à toutes les étapes du projet et a effectivement tenu compte de leurs contributions. En outre, la redevabilité et la bonne gouvernance (divulgation publique d’informations toutes les semaines par les comités et les systèmes de traitement des plaintes) ont permis d'instaurer la confiance et incité les communautés à faire et à produire davantage.

Le renforcement des capacités par la formation continue dispensée aux communautés, ainsi que l’appui technique (par exemple pour la construction et le développement des entreprises) ont permis de former de meilleurs acteurs du changement.

L'expansion des activités économiques a permis de renforcer l'autonomisation des communautés, avec la mise en place d’une structure de soutien social des comités de villageois et des groupes d'entraide. Si les activités dans les infrastructures ont facilité l'accès, les activités génératrices de revenus ont été très importantes pour la viabilité à long terme.

Pour parvenir à une participation équitable, il a fallu renforcer l'action en direction des pauvres et des femmes, notamment en les faisant participer aux réunions communautaires. La plupart des groupes d'entraide économique sont également constitués par des femmes moins pauvres qui ont de l’expertise dans la production de certains produits (artisanat, denrées alimentaires). 

L'efficacité a été améliorée par l'introduction des technologies de l'information. Cela a permis aux communautés elles-mêmes de rendre compte de leurs activités via un ordinateur, libérant ainsi le temps nécessaire à l'animateur. Un système d'information de gestion a également été introduit pour améliorer la comptabilité et la communication sur les fonds renouvelables.

Les centres de développement des entreprises ont accompagné les 215 000 petites entreprises lancées par le projet. Sans aucun soutien en matière de marketing, ces entreprises risquaient d'éprouver des difficultés et de ne pas se développer. 

Le processus visant à permettre aux communautés de devenir un réseau d’acteurs du développement a conduit l'Indonésie à devenir l'expert mondial en matière de développement et d’autonomisation des communautés. Le pays est devenu un laboratoire d’activités pilotes facilitant le partenariat entre les acteurs publics et privés avec la participation de la communauté non pas comme simple bénéficiaire, mais comme moteur du changement.