Verre à moitié plein

Le récit de : Fatima Ladi Abdullahi
Écrit par : Wahyu Wijayanto Sunaryo

« Zaria est la principale ville de l'État de Kaduna, au Nigeria, avec une population de 714 000 habitants mais dont la plupart n'ont jamais disposé d'un système d'approvisionnement en eau fiable, qui est essentiel pour leur vie quotidienne. Le système d'approvisionnement en eau de Zaria a été construit en 1939, puis développé en 1975. Depuis lors, aucun investissement significatif n'a été fait pour le réhabiliter. En 2012, la Banque islamique de développement et la Banque africaine de développement ont uni leurs forces pour aider le Gouvernement à reconstruire le système d'infrastructure hydraulique. La communication, la collaboration et l'engagement des parties prenantes se sont avérés essentiels pour mener à bien un programme de développement du réseau d'approvisionnement qui permettra de répondre à la demande en eau de Zaria pendant les 15 prochaines années au moins ».

J'ai grandi à Sabon Gari, à Zaria, dans l'État de Kaduna. Nous étions une famille moyenne puisque mon père était un soldat à la retraite. Sa pension insignifiante était son seul moyen de subsistance. Pour l'aider et ajouter à ses revenus, ma mère faisait du petit commerce. En raison de nos maigres ressources, seuls mes deux frères pouvaient poursuivre leurs études.

On m'a demandé de me marier parce que mes parents pensaient qu'il n'était pas nécessaire que j'aille plus loin que le secondaire quand j'étais petite. Mais j'ai tenu bon et ma mère a dû payer mes frais de scolarité pour que je puisse obtenir mon diplôme de droit.

Nous avions accès à l'eau pendant notre enfance, et c'est moi qui étais chargée d'aller payer les factures. La vie était alors plus facile jusqu'à ce que, dans les années 90, l'eau vint à manquer et que nous dûmes aller la chercher au ruisseau, car les puits commençaient à se tarir.

La rivière était loin de notre maison et nous devions aller quatre ou cinq fois par jour chercher assez d'eau pour tenir toute la journée. Les gens de notre quartier me félicitaient puisque j’étais étudiante à l'université et il était rare de voir des filles aller à l'université à cette époque, surtout dans une banlieue haoussa où on croyait généralement que la place d'une fille était dans la maison de son mari.

Le secteur de l'eau à Zaria a commencé à connaître de nombreuses difficultés. Le changement climatique a beaucoup contribué à la rareté de l'eau, car la plupart des puits creusés à la main s'étaient asséchés. J’ai été impliquée dans le Projet d'approvisionnement en eau de Zaria lorsque j'ai été nommée Conseillère juridique de « Kaduna State Water Corporation » (Société des eaux de l’État de Kaduna) en 2019.

Les défis étaient nombreux, surtout pour les bénéficiaires à faible revenu, car ils ne savaient pas très bien comment raccorder l'eau à leur domicile. J'ai conseillé que dans ces cas-là, la Société des eaux réalise elle-même le branchement et inscrive le coût sur les factures des clients, ce qui a facilité les choses.

Les bénéficiaires à faibles revenus n’ont plus à parcourir de longues distances pour aller chercher de l'eau à la rivière, ni à acheter à des vendeurs une eau dont ils ne sont pas sûrs de la source. Les maladies liées à l'eau ont été complètement éradiquées dans la communauté. Les femmes locales qui font le commerce de Zobo et Kunun Zaki (boissons locales) s’y adonnent plus facilement maintenant, car elles sont sûres de la provenance de l’eau qu'elles utilisent.

Zaria est la principale ville de l'État de Kaduna, au Nigeria, avec une population de 714 000 habitants. La ville est le centre de l'industrie textile et abrite l'université Ahmadu Bello, la plus grande du Nigeria. Malgré son importance, la plupart des habitants de Zaria n'ont jamais eu un système d'approvisionnement en eau fiable, qui est fondamental pour leur quotidien.

 À l’origine, le système d'approvisionnement en eau de Zaria a été construit en 1939, puis développé en 1975. Depuis lors, aucun investissement significatif n'a été fait pour le réhabiliter. Il pêche par une couverture limitée du réseau, la détérioration de tuyaux, l’inefficacité du système de traitement et le mauvais entretien des infrastructures, entraînant ainsi des déperditions importantes dans le réseau, alors que l’eau est déjà rare. Pour cette raison, les populations se sont tournées vers les puits traditionnels creusés à la main et sur l'eau en sachet pour leurs besoins quotidiens.

Face à cette situation, la BID et la Banque africaine de développement (BAD) ont uni leurs forces en 2012 pour accompagner le gouvernement dans la reconstruction du système d'infrastructure hydraulique. L'objectif était de satisfaire la demande en eau des habitants de Zaria et des villages environnants de manière suffisante et sûre, grâce au Projet de développement du système d’approvisionnement en eau de Zaria.

La construction des infrastructures hydrauliques a été le fruit d'un effort de collaboration. Il s’est agi de la construction d’un barrage polyvalent par le Gouvernement fédéral du Nigeria, d'une station de traitement des eaux financée par le Gouvernement de l'État de Kaduna, et de 73 km de conduites de transmission, de stations de pompage et de 10 réservoirs d'eau en vrac d'une capacité totale de 39 600 m3, financés par la BID (81 millions de dollars des États-Unis). S’y est également ajoutée l'installation de 350 km de conduites de distribution d'eau, de raccordements de maisons et de sanitaires publiques, financée par la BAD.

Ce développement considérable d'infrastructures hydrauliques a attiré divers investisseurs et partenaires au développement et mobilisé un investissement total de 437 millions de dollars des États-Unis. Cependant, le Projet s’est heurté à des difficultés particulières en termes de gestion et de coordination. Par exemple, les conduites de transmission, les réservoirs d'eau en vrac et les stations de pompage financés par la BID ont tous été installés au centre du réseau. Ainsi, la synchronisation du rythme de construction avec les volets relatifs à la mise en œuvre par d'autres financiers a été très difficile. Elle comportait également le risque d'un décalage dans la conception et la composition qui pouvait affecter la livraison durable de l'eau dans le réseau.

Par conséquent, immédiatement après la confirmation du financement de la BID en 2014, la conception et la construction des quatre grands contrats financés par la Banque ont été étroitement coordonnées avec les équipes techniques des autres parties prenantes. La mise en œuvre a été accélérée afin d'aligner les progrès sur d'autres éléments étroitement liés. Malgré cela, le projet a souvent été entravé par des problèmes critiques, tels que les difficultés d'acquisition de terrains privés pour les conduites et les réservoirs, ainsi que la poursuite des réformes structurelles au sein de l'agence d'exécution.

Consciente que la capacité du personnel, l'autorité et la continuité des services fournis par l'Unité de gestion du projet (UGP) sont d'une importance capitale, l'équipe de projet de la BID a mis l'accent sur une coordination étroite entre l'UGP et les gouvernements locaux au cœur du soutien à la gestion du Projet de Zaria. De plus, une communication et une collaboration sans accrocs avec le consultant chargé de la supervision, l'équipe de projet de la BAD et les fonctionnaires du Gouvernement de l'État de Kaduna ont constitué une base pour un appui sans réserve à la gestion du projet. Par conséquent, lorsque des problèmes sont apparus sur le terrain, ils ont été réglés rapidement grâce à un soutien approprié de la Banque.

Malgré sa complexité, le projet de développement du réseau d'approvisionnement en eau de Zaria a été mené à bien en 2018, moins de quatre ans après sa mise en œuvre initiale - une réussite remarquable. Le système d'approvisionnement ainsi réalisé permettra de répondre aux besoins de la région jusqu'à l'horizon 2035. Cela signifie que plus de 960 000 personnes à Zaria et dans les villages environnants bénéficient d'un approvisionnement continu en eau potable grâce à des raccordements directs à leurs maisons. En outre, le personnel qualifié du « Kaduna State Water Board » (Office de l’eau) surveille constamment le système d'approvisionnement afin de garantir un bon niveau de qualité et de prestation de services.

L'approvisionnement ininterrompu en eau potable profite également à l'économie de la région, en particulier aux 64 % de la population qui vivent encore sous le seuil de pauvreté. À cet égard, le tarif de l'eau de la région est basé sur le taux de consommation des ménages, des subventions étant prévues pour les couches à revenus plus faibles, ce qui permet de préserver la justice sociale dans la communauté. En outre, les coûts précédents de tirage de l'eau peuvent désormais être investis dans une éducation de qualité et de meilleurs services de santé.

La communication bidirectionnelle, la collaboration entre les parties prenantes et l'engagement ont été des facteurs de réussite essentiels dans la gestion du Projet de développement du réseau d'approvisionnement en eau de Zaria. Ces trois facteurs caractérisant l'approche de gestion multipartite associés au soutien bienveillant de la BID qui reflète les valeurs islamiques, sont autant d’éléments qui ont fait le succès du Projet de développement.

En août 2019 le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a inauguré le Projet de développement du réseau d'approvisionnement en eau de Zaria, marquant ainsi la fin de 40 ans de pénurie d'eau dans cet état.