Saisir les opportunités du XXI° siècle : Des chaînes de valeur résilientes dans les industries pétrochimiques

Pour les gens du monde entier, la vie quotidienne est impensable sans produits pétrochimiques. Les plastiques, les caoutchoucs et les produits chimiques de spécialité sont essentiels à tout, de l'ingénierie automobile à la construction, de l'électronique à l'emballage et de l'ingénierie médicale aux détergents. Le secteur contribue pour quelque 5,7 billions de dollars des Etats-Unis au PIB mondial. En tant qu’industrie à forte intensité de capital, sa demande sur les machines et équipements de production apporte une valeur ajoutée à d’autres secteurs. La production pétrochimique stimule également la croissance des industries secondaires qui dépendent de ses approvisionnements et de ses innovations.

La pétrochimie dessert un marché mondial qui jusqu’aux années 1970, était quasi-exclusivement dominé par les États-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon. Depuis, la production pétrochimique s’est étendue principalement au Moyen-Orient et en Asie, changeant complètement le paysage compétitif et faisant des États membres de la Banque islamique de développement un acteur majeur dans cet espace. Bien qu’ils détiennent près de 60 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz, les pays membres de la BID ne contribuent que pour 22 % à la production pétrochimique. Le développement global de cette industrie est sous-tendu par les besoins des industries finales, telles que l’emballage, la construction, l’automobile, l’électronique et le textile. En effet, 50 % de la valeur créée sur le marché actuel des produits pétrochimiques formulés, estimé à 1,5 billion de dollars des Etats-Unis, proviennent de la fabrication de produits chimiques finis. Pour leur part, les pays membres de la BID sont toujours concentrés sur les produits chimiques de base qui ne contribuent que pour 20 % au total de la valeur créée.

Un potentiel substantiel de création de valeur reste à exploiter par les pays membres de la BID, d’autant plus que les produits pétrochimiques représentent une valeur élevée. Pour les pays ayant accès au pétrole brut et au gaz, la création d’une industrie pétrochimique recèle un énorme potentiel de création de valeur, car les produits pétrochimiques se vendent à des prix beaucoup plus élevés que le pétrole brut. A cet égard, Keith COUCH, Directeur supérieur de l’appui aux ventes et des solutions intégrées à Honeywell UOP, souligne que « vous pouvez vendre des carburants pour 550 de dollars des Etats-Unis la tonne ou les convertir davantage en produits pétrochimiques et obtenir environ 1 400 de dollars des Etats-Unis pour la même la tonne ». Cependant, la construction d’une industrie pétrochimique efficace n’est pas une tâche facile étant donné la dynamique mondiale actuelle et les exigences élevées en matière de capital.

Quel est l’impact de la pandémie ? 

La pandémie à coronavirus et les « Grandes Fermetures » depuis le début de 2020 posent des défis sans précédent qui peuvent rationaliser et restructurer l’ensemble de l’industrie pétrochimique, notamment dans les pays membres de la BID qui consomment ou produisent le plus de produits pétrochimiques. Les fermetures partout dans le monde ont réduit la demande mondiale sur les produits pétrochimiques à court et moyen terme et perturbé l’offre en raison d’une interruption de la maintenance et des investissements. Cette situation entraînera une croissance négative pour la plupart des produits pétrochimiques en 2020 par rapport à 2019, et ce en raison de l’affaiblissement de la demande en aval. Cette baisse également associée à la chute des cours du pétrole est très alarmante pour les pays membres de la BID. Ces perturbations conduisent à une volatilité accrue des prix et des marges de la pétrochimie. 

La demande sur les produits pétrochimiques devrait rebondir en 2021, en fonction de la gravité prolongée de la pandémie à coronavirus. Dans un scénario de relance rapide, le secteur devrait rebondir avec une croissance à long terme qui pourrait dépasser 2000 milliards de dollars des Etats-Unis d’ici 2030, grâce à l’augmentation des niveaux de revenu et à une population mondiale croissante. En outre, alors que de plus en plus de pays commencent à alléger les fermetures, il est crucial d’examiner l’impact durable de la pandémie sur cette industrie importante pour laquelle la demande a chuté depuis des mois. Un tel examen est essentiel pour préserver des exportations estimées à des billions de dollars et des centaines de milliers d’emplois dans les pays membres de la BID. 

Quels obstacles à la croissance des pays membres de la BID ? 

L’industrie pétrochimique étant sous-tendue par la demande de l’industrie finale, la stimulation des industries finales par des stratégies d’industrialisation complètes favorisera indirectement l’industrie pétrochimique, pour laquelle la proximité des industries finales est un facteur important.

Il sera difficile pour les pays membres de la BID d’attirer les investissements nécessaires à la création ou au développement d’une industrie pétrochimique locale sans créer d’abord une infrastructure appropriée et asseoir une bonne gouvernance. Un investissement initial important dans l’infrastructure publique est donc impérieux pour créer ou moderniser des zones industrielles, des routes, des ports, etc. La stagnation dans d’autres domaines clés, tels que l’éducation et la gouvernance, étoufferait le développement du secteur pétrochimique local, ce qui éroderait la productivité et repousserait les investisseurs étrangers. Les pays membres de la BID sont appelés à améliorer la formation pour l’obtention d’emplois de qualité et adapter les cours aux besoins de l’industrie pétrochimique en employés hautement qualifiés.

Cinq domaines principaux sont donc essentiels au développement d’une industrie pétrochimique de classe mondiale dans les pays membres de la BID. Il s’agit des (1) installations de production pétrochimique intégrées, comme les appareils de craquage et les raffineries qui sont des préalables à cette industrie ; (2) infrastructures de transport qui sont nécessaires pour acheminer les matières premières et autres matériaux aux sites de production et expédier les produits pétrochimiques transformés par des pipelines, des routes, des ports et des aéroports ; (3) infrastructures de services publics robustes qui doivent veiller à la production stable dans cette industrie à forte intensité énergétique ; (4) des infrastructures de communication fiables devant faciliter une connectivité fluide entre les processus de production et le long de la chaîne de valeur pétrochimique, en particulier à l'ère de la numérisation et des sites de production interdépendants ; et (5) infrastructures de recherche solides qui ne sont peut-être pas essentielles mais certainement bénéfiques pour l’industrie pétrochimique. Elles favoriseront l’innovation, en s’appuyant sur l’expérience et les défis déjà relevés.

Gérer des éléments en concurrence

Si ces défis ne sont pas relevés, les pays membres de la BID n’iront pas loin au-delà de leurs capacités actuelles. Au contraire, ils continueront à souffrir des problèmes qu’ils ne connaissent que trop bien aujourd’hui. Tout retard par rapport au niveau de développement actuel dans un monde en mutation rapide est en effet susceptible d’aggraver ces problèmes. La résilience des pays membres sera sapée, ce qui les exposera davantage aux effets des crises économiques et politiques. Dans un scénario n’impliquant aucun changement, les entreprises pétrochimiques renonceront aux projets et investissements prévus. Une situation qui entraînera la fermeture des usines pétrochimiques et la réduction des marges d’exploitation.

Si l’accès aux matières premières demeure un facteur clé de succès pour la future industrie pétrochimique, la volatilité des prix du pétrole continuera de mettre à mal l’espace budgétaire des pays membres de la BID qui dépendent de l’industrie dans leur équilibre budgétaire. À long terme, ne rien faire pour réduire la dépendance vis-à-vis des exportations de pétrole et de carburant pourrait ainsi priver les pays de la BID de leur avantage stratégique en termes de coûts. D’une part, rester au rang de fournisseurs de matières premières permettra aux États-Unis, à l’Europe et à la Chine de continuer à être les épicentres de la création de valeur dans l’industrie pétrochimique, et d’autre part, la tendance mondiale vers la durabilité et la réglementation plus stricte qui s’y rapporte, stimuleront la demande sur les matières premières renouvelables, les matériaux biosourcés et les énergies propres. Que doivent faire précisément nos pays membres pour réaliser le riche potentiel souligné ci-dessus ? 

Les pays doivent gérer deux éléments qui sont en concurrence, la nécessité de préserver les liquidités pour protéger leur industrie pétrochimique à court terme et la nécessité de consentir de nouveaux investissements pour s’assurer qu’ils ne sont pas laissés pour compte dans la course à une efficacité accrue de la production pétrochimique dans un monde post-Covid-19.

Compte tenu de l’importance de cette industrie pour les pays membres de la BID, en particulier dans la phase de rétablissement et de relance de la pandémie de la Covid-19, la BID lance un rapport sur l’avenir de l’industrie pétrochimique, qui fournit une vision et une stratégie et utilise l’approche de la chaîne de valeur, laquelle est de plus en plus importante dans les chaînes d’approvisionnement mondialement perturbées. Le rapport fournit aux pays membres de la BID des recommandations uniques et innovantes pour faire face aux défis croissants dans différentes parties de la chaîne de valeur pétrochimique. Le rapport se veut un appel lancé par le Groupe de la BID en direction de toutes les parties prenantes, qu’elles soient du secteur public ou privé, pour une action commune propre à aider les pays membres à développer leurs industries pétrochimiques. La vision pour le secteur déclinée dans le rapport et l’analyse critique des défis, des opportunités et du potentiel fournissent une base de référence et un point de départ précieux pour la collaboration future.

Dans son nouveau modèle d’entreprise, la BID s’est fixée des objectifs clairs pour galvaniser au mieux les investissements public et privé nécessaires au développement économique et social de ses pays membres. Pour stimuler durablement la modernisation et la croissance, la BID met les partenariats solides entre les secteurs public et privé au cœur de sa stratégie. Le secteur pétrochimique a besoin de tels partenariats tout au long de sa chaîne de valeur, de l’exploration pétrolière et gazière à la production d’électricité, en passant par la production chimique et le traitement ultérieur pour les industries finales qui stimulent la demande. Cela peut également inclure l’éducation et la formation, ainsi que des partenariats devant stimuler l’innovation ainsi que la recherche et le développement. 

La BID invite ses pays membres et leurs entreprises à collaborer pour développer davantage la pétrochimie. En apportant une plus grande valeur à cette industrie à fort impact et croissance, nos pays membres pourront passer ensemble du rang de pays producteurs de pétrole à celui de développeurs de technologies, sans perdre de vue la diversification et l’accroissement de leur portefeuille de produits.